D’Allatini à Dassault – Une saga née à Thessalonique

D’Allatini à Dassault – Une saga née à Thessalonique

Lundi 25 janvier, Florence Parly, la ministre française des Armées, était à Athènes pour la signature du contrat d’acquisition de 18 avions Rafale, en présence de son homologue Nikos Panagiotopoulos et du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis qui a qualifié l’accord d’ « historique » (lors de son discours en français) .

Cet achat, approuvé par le Parlement grec le 14 janvier, s’inscrit dans le cadre de l’évolution du contexte régional et du renforcement de la coopération bilatérale souhaitée par le président Macron et le Premier ministre Mitsotakis. Les premières livraisons sont prévues pour ce mois de juillet, les dernières début 2023. C’est la première fois que le Rafale, l’avion de combat fleuron de l’aéronautique française, est vendu à un pays européen en dehors de la France. La Grèce devient ainsi le quatrième client à l’export de Dassault Aviation pour les Rafales, après l’Egypte, le Qatar et l’Inde.
La relation entre la Grèce et la famille Dassault est toutefois loin d’avoir commencé avec cette acquisition. Marcel Dassault, génie de l’aéronautique et créateur de l’empire industriel Dassault (décédé en 1986 à l’âge de 94 ans), n’était autre que le fils de Noémie Allatini dont la famille fut l’une des plus influentes de Thessalonique.

L’histoire débute avec Lazare Allatini, sépharade natif de Livourne (Italie), qui décide de s’installer en 1802 à Salonique*. Il se lance dans le négoce de céréales dans cette ville renommée pour son dynamisme commercial.

Mais c’est surtout son fils Moïse, l’oncle de Noémie, qui va bâtir la renommée de la famille et amplement contribuer à l’essor de la ville aux XIXᵉ et début du XXᵉ siècles. Il fonde un vaste empire économique, autour de la minoterie, de la transformation du tabac et de la briqueterie, pour devenir la première fortune de Salonique et la 3ᵉ de l’Empire ottoman. Cet homme éclairé, diplômé de médecine, va aussi jouer un rôle déterminant dans la propagation de l’esprit des Lumières et la modernisation du système éducatif de la ville. Il appuie et finance l’ouverture de nombreuses écoles, en particulier celles de l’Alliance Ιsraélite Universelle (fondée à Paris en 1860), permettant ainsi la régénération et l’élargissement de l’éducation (au bénéfice des filles et des enfants des couches les moins favorisées de la société, notamment), ainsi que l’implantation durable du français dans la ville**.

La famille Allatini modifie le paysage de Salonique, avec la construction de nombreux édifices, en particulier la minoterie Allatini-Darblay, toujours présente près du front de mer, ou la villa Allatini, résidence familiale abritant aujourd’hui la préfecture de région de Macédoine Centrale. Un buste à l’effigie de Moïse, sculpté par l’artiste Ntina Anastasiadou, a été inauguré dans les jardins de la préfecture en juillet 2020, en présence de Laurent Dassault (petit-fils de Marcel, l’un des 4 enfants de Serge Dassault) et d’Apostolos Tzitzikostas, le gouverneur de Macédoine Centrale. La famille Dassault, qui était aussi présente pour l’inauguration de la salle Allatini-Dassault de l’Institut français en 2012 et l’exposition Souvenirs de Salonique en 2019, perpétue ainsi les traces du philanthropisme de l’aïeul Moïse.

* Nom de Thessalonique sous l’Empire ottoman.
** Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

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